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Trois hommes debout sur une crête boisée au-dessus de Sarajevo ; l’un tend un micro vers un jeune homme aux cheveux longs qui parle en faisant un geste de la main.
Les dessous de la série

Sarajevo, derrière la caméra

Le voyage qui a donné naissance au « Chemin de Sarajevo »

Repères & Vocations | Les dessous de la série | Sarajevo | 10 minutes de lecture

Avant d’être un documentaire, Le Chemin de Sarajevo fut d’abord une succession de rencontres, de cafés improvisés, de longues discussions, de détours et de portes qui se sont ouvertes presque par hasard. Retour sur les coulisses d’un voyage au cours duquel nous étions venus chercher des réponses sur la Bosnie… et dont nous sommes repartis avec beaucoup plus de questions.

01 — Rencontre

Tout commence par une rencontre

Il y a des voyages que l’on prépare pendant des semaines et d’autres qui commencent véritablement une fois sur place.

Sarajevo appartient clairement à la seconde catégorie.

Bosnie-Herzégovine. Sarajevo, Mostar, et la montagne autour.

Nous étions venus en Bosnie-Herzégovine avec nos caméras, quelques contacts et surtout une longue liste de questions. Comment une société se reconstruit-elle après une guerre qui a traversé presque toutes les familles ? Quelle place la religion occupe-t-elle dans cette reconstruction ? Que reste-t-il de l’identité bosniaque lorsque se superposent l’héritage ottoman, l’Europe austro-hongroise, la Yougoslavie et les blessures des années 1990 ?

Sur le papier, cela ressemblait à un documentaire.

Sur place, nous avons très vite compris que Sarajevo ne se laisserait pas raconter à partir d’un bureau.

Il fallait marcher. Rencontrer. Attendre. Accepter de changer le programme.

Et parfois simplement prendre un café.

C’est ainsi que nous avons rencontré Kenan.

La veille encore, il n’était qu’un inconnu croisé dans un café. Quelques heures de conversation plus tard, il nous proposait de monter avec lui sur les hauteurs de Sarajevo.

Nous avons suivi.

Là-haut, la ville disparaît peu à peu derrière les arbres. La route grimpe, la végétation devient plus dense et, au milieu de la forêt, apparaît une immense structure de béton.

Jeux olympiques d’hiver de Sarajevo, 1984.

Kenan venait de nous conduire sur l’ancienne piste de bobsleigh des Jeux olympiques d’hiver de Sarajevo de 1984.

02 — Mémoire

Des Jeux olympiques à la guerre

À première vue, l’endroit semble presque irréel.

Un long serpent de béton traverse la montagne. La mousse et les arbres gagnent lentement sur les installations. Par endroits, les anciennes structures sportives ressemblent davantage aux vestiges d’une civilisation disparue qu’à un équipement olympique.

Deux membres de l’équipe, caméra à l’épaule et sac à la main, remontent une piste de bobsleigh en béton envahie par la forêt.
L’ancienne piste de bobsleigh de Sarajevo, avalée par la forêt.

Quelques années seulement séparent pourtant deux histoires radicalement différentes.

En 1984, Sarajevo accueille les Jeux olympiques d’hiver. Pendant quelques semaines, la ville devient une vitrine internationale de la Yougoslavie.

Puis vient la guerre.

Lorsque nous avançons dans la piste, Kenan nous montre les traces laissées dans le béton.

Des ouvertures. Des impacts. Des positions aménagées.

Le siège de la ville commence huit ans après les Jeux.

Ce qui avait été construit pour le sport s’est retrouvé intégré au paysage militaire du siège de Sarajevo.

Trou d’obus dans un mur de béton, les fers à béton tordus vers l’extérieur ; en dessous, trois mots peints en rouge : « Ouvrez votre esprit ».
Dans le béton de la piste, les traces laissées par la guerre.

C’est probablement à cet instant que le voyage prend véritablement son sens.

Nous étions venus chercher les traces de l’histoire.

À Sarajevo, elles n’étaient pas conservées derrière les vitrines d’un musée.

Elles étaient là, dans la montagne, dans les bâtiments, dans les murs.

Et bientôt nous allions comprendre qu’elles étaient aussi dans les conversations.

Maida, ou l’art de se laisser guider

À notre retour en ville, une autre rencontre va profondément influencer le tournage.

Maida est journaliste.

Nous la rencontrons au début du séjour et lui expliquons notre projet. Très vite, elle ne se contente plus de nous donner quelques renseignements : elle entre dans l’aventure.

Elle nous indique des lieux, nous aide à comprendre certaines situations et nous accompagne dans plusieurs de nos détours.

Une jeune femme souriante, assise en terrasse face à deux hommes de dos ; sur la table basse, un appareil photo, un enregistreur et des verres d’eau.
Maida, devenue au fil du voyage l’une de nos guides dans Sarajevo.

Un documentaire de voyage donne parfois l’impression que tout était prévu.

La réalité est presque exactement inverse.

Une grande partie de ce que nous avons découvert en Bosnie est née d’une phrase prononcée autour d’une table : « Vous devriez rencontrer cette personne. » Ou : « Si vous voulez comprendre cela, je connais un endroit. »

Il fallait alors déplacer le tournage, trouver un véhicule, vérifier les batteries, téléphoner à quelqu’un qui téléphonait lui-même à quelqu’un d’autre…

Et repartir.

Maida fut l’une de ces personnes grâce auxquelles Sarajevo cessa d’être un décor pour devenir un réseau de visages et d’histoires.

Entrer dans Sarajevo par ceux qui la pensent

Nous voulions également comprendre comment les intellectuels bosniaques réfléchissaient à leur propre histoire.

Le plus important institut d’enseignement islamique supérieur en Europe.

Nous nous sommes donc rendus à la Faculté des études islamiques de Sarajevo.

Façade en bandes de pierre ocre et rose d’un bâtiment de style ottoman revisité, grand portail en arc surmonté d’une rosace ; deux personnes gravissent l’escalier d’entrée.
À la Faculté des études islamiques de Sarajevo.

Dans ses couloirs, une autre Bosnie se raconte.

Une Bosnie qui ne pense pas seulement la guerre, mais plusieurs siècles d’histoire européenne.

Nous y rencontrons notamment le professeur Ahmet Alibašić.

Au cours de notre entretien, il résume cette succession d’expériences politiques d’une manière qui nous marquera :

Ces cent cinquante dernières années, nous avons vécu sous un gouvernement islamique, un gouvernement catholique avec l’Empire austro-hongrois, un empire orthodoxe avec la monarchie serbe, un gouvernement fasciste, un gouvernement communiste et enfin sous un gouvernement libéral. C’est une expérience très riche. Un islam qui, malgré tout cela, continue à s’accrocher mérite d’être étudié.

Ahmet Alibašić · Faculté des études islamiques de Sarajevo

Cette idée accompagnera une grande partie du tournage.

En Bosnie, l’identité apparaît rarement comme quelque chose de simple.

Elle s’est construite par couches successives.

Et il suffit souvent de sortir dans la rue pour les voir.

Un tramway bleu passe devant un édifice de pierre couvert de coupoles vert-de-gris, encadré par deux immeubles contemporains en verre.
Sarajevo : les époques et les architectures cohabitent dans le même paysage urbain.

Pour comprendre une ville, il faut aussi s’asseoir

Heureusement, toutes nos journées ne se déroulaient pas dans les universités ou sur les anciennes lignes de front.

Sarajevo possède une autre institution : le café.

Importé par les Ottomans au XIVᵉ siècle.

Petit, noir, servi lentement, le café bosniaque accompagne les rendez-vous comme les discussions interminables.

Gros plan sur une tasse de café blanche à motifs dorés posée sur sa soucoupe, une cezve en cuivre brillante derrière elle.
Une pause café pendant le tournage.

Nous étions venus tourner un film.

Nous avons probablement passé une quantité considérable de temps assis autour de petites tables.

Mais ces moments étaient loin d’être perdus.

C’est là que les langues se délient.

C’est là qu’un contact devient un ami.

C’est là qu’une interview prévue pour vingt minutes se transforme parfois en une discussion de deux heures.

Et c’est également là que naissent certaines idées improbables.

Notre reporter Ouissem Satouri tombera suffisamment sous le charme de cette manière de boire le café pour vouloir la ramener avec lui à Paris.

La gastronomie, elle aussi, faisait partie du voyage.

Impossible de traverser Sarajevo sans rencontrer les ćevapi : ces petites pièces de viande grillée servies dans un pain chaud avec des oignons.

Assiette en métal garnie d’un pain plat ouvert, rempli de petits cylindres de viande grillée, d’oignons crus hachés et de crème épaisse.
Les ćevapi, étape pratiquement obligatoire à Sarajevo.

Il existe dans tout tournage ces scènes qui n’entreront probablement jamais dans le documentaire : l’équipe qui cherche où manger, les cartes mémoire que l’on vide au fond d’un restaurant, les batteries que l’on recharge dès qu’une prise électrique apparaît.

Et pourtant, avec le recul, ce sont aussi ces moments qui composent le souvenir d’un voyage.

03 — Identité

Une ville, plusieurs appartenances

À Sarajevo, quelques minutes de marche peuvent vous faire passer devant une mosquée, une cathédrale, une église orthodoxe ou une synagogue.

Rue commerçante bondée aux toits de tuiles rouges, enseignes « Otkup zlata » de part et d’autre ; au fond, un minaret, une coupole verte et la colline couverte de maisons.
Dans les rues de Sarajevo, les appartenances religieuses et les héritages historiques se croisent constamment.

Cette proximité est spectaculaire pour le visiteur.

Mais nos rencontres vont progressivement nous montrer que derrière cette image de coexistence se trouvent des questions beaucoup plus complexes.

Comment se définit-on dans un pays où l’appartenance nationale, religieuse et ethnique a joué un rôle central dans l’histoire récente ?

Que devient celui qui refuse précisément ces catégories ?

C’est ce que nous explique Osvit.

Homme brun en chemise sombre, assis en terrasse, les mains levées en pleine explication ; derrière lui, un bâtiment clair et des fleurs jaunes.
Rencontre avec Osvit.

« Les autres » : la catégorie institutionnelle bosnienne.

Entre la France et la Bosnie, il défend ceux que le système institutionnel bosnien désigne comme les « autres » : ceux qui ne souhaitent pas se définir uniquement à travers les grandes catégories ethniques du pays.

À travers lui, nous découvrons une autre conséquence de la guerre.

Pas une ruine.

Pas un impact de balle.

Une question administrative et politique beaucoup moins spectaculaire à l’image, mais tout aussi révélatrice :

Comment construire une citoyenneté commune dans une société dont les institutions elles-mêmes restent profondément organisées autour des appartenances communautaires ?

04 — Jeunesse

Filmer une génération qui hésite entre partir et rester

Au fil des rencontres, une question revient sans cesse : celle du départ.

Beaucoup de jeunes Bosniaques regardent vers l’étranger.

Le sujet revient dans les cafés, les universités et les conversations improvisées.

Nous tenterons même d’interroger un jeune étudiant rencontré avec Gabriel et Ouissem.

L’expérience sera brève.

Très brève.

Il acceptera finalement surtout… de prendre une photo avec nous.

Quatre hommes posent bras dessus bras dessous dans la cour d’une mosquée ; celui de gauche porte un sac de matériel vidéo en bandoulière.
Gabriel et Ouissem, nos deux reporters, avec Edo et le jeune étudiant, à la grande mosquée de Sarajevo.

Une de ces petites défaites de tournage qui font sourire après coup.

Mais derrière l’anecdote se trouvait une véritable interrogation :

Que faut-il faire lorsqu’on aime son pays mais que l’on n’y voit plus son avenir ?

Hikmet, lui, a choisi de s’engager.

Deux hommes marchent côte à côte dans une rue commerçante ; celui de gauche, en veste claire, tient un micro-main baissé le long du corps.
Sur le terrain avec Hikmet.

Jeune activiste, il travaille autour de la mémoire de la guerre et nous fait découvrir sa ville, ses amis et une génération qui a grandi dans l’ombre d’un conflit qu’elle n’a parfois connu qu’enfant.

Avec lui, notre documentaire change encore légèrement de direction.

Nous comprenons que parler de Sarajevo ne peut pas consister uniquement à raconter ce qui s’est passé.

Il faut également demander :

Que fait-on aujourd’hui de cette mémoire ?

« Jamais je n’ai pensé quitter mon pays »

Certaines rencontres restent en mémoire longtemps après que les caméras ont été rangées.

Samir est de celles-là.

Portrait d’un homme aux cheveux tirés en arrière, assis dans une salle de café en bois sombre, en train de parler à quelqu’un hors champ.
Samir.

Blessé quatre fois pendant la guerre.

Il nous raconte avoir été blessé quatre fois pendant la guerre.

Puis il prononce une phrase étonnante par sa simplicité :

Même si je savais que quelque chose d’affreux allait se passer, jamais je n’ai eu l’idée de quitter mon pays. Je savais que je devais me battre.

Samir

Et presque immédiatement, comme pour rappeler toute l’absurdité des catégories trop simples, il ajoute :

Ah oui, je suis marié à une Serbe… Peut-être qu’ils me détestent à cause de ça !

Tout Sarajevo semble parfois contenu dans ce genre de phrase.

La guerre et l’humour.

L’appartenance et son dépassement.

La tragédie collective et une histoire familiale qui ne rentre dans aucune case.

Attendre que quelqu’un change les choses

Adnan porte un autre regard sur la situation du pays.

Jeune homme blond en chemise bleue, assis sur un balcon, s’adressant à quelqu’un hors champ ; la ville apparaît floue derrière la balustrade.
Entretien avec Adnan Mujkanović.

Auto-entrepreneur, il insiste moins sur le passé que sur la responsabilité présente.

Nous sommes dans l’attente. Nous pensons que quelqu’un va venir de nulle part et changer les choses à notre place. Ce n’est juste pas possible. Nous devons nous prendre en main au niveau local, au niveau de nos familles.

Adnan Mujkanović · Auto-entrepreneur

Au bout de plusieurs jours de tournage, nous commençons à voir apparaître un dialogue entre nos différents interlocuteurs.

Personne ne nous livre « la » réponse sur la Bosnie.

Et c’est précisément ce qui nous intéresse.

Certains parlent de mémoire.

D’autres d’identité.

D’autres encore de politique, de religion, d’économie ou de responsabilité individuelle.

Notre rôle devient alors moins celui de chercher une conclusion que celui de faire entendre ces voix les unes à côté des autres.

Dans les bureaux de Fikret Karčić

Une partie du travail se déroule aussi loin des rues.

Dans un bureau encombré de livres, nous préparons l’entretien avec le professeur Fikret Karčić, à la Faculté des études islamiques.

Dans un bureau universitaire encombré de dossiers, un homme âgé attend assis à sa table pendant que deux membres de l’équipe règlent une caméra sur pied.
Préparation d’une interview à l’université.

Dhia vérifie le cadre. La caméra est installée. Les questions sont reprises une dernière fois.

Ces minutes avant une interview sont toujours particulières.

Tout semble calme alors que l’équipe pense simultanément au son, à l’image, aux cartes mémoire, aux questions et au temps disponible.

Fikret Karčić nous parlera notamment d’identité.

Une phrase restera :

Je suggère aux musulmans en France de rester fidèles à leur identité et de s’y attacher. Mais il est important de garder en tête que l’identité est dynamique. Ce n’est pas une chose arrêtée.

Fikret Karčić · Faculté des études islamiques de Sarajevo

Encore une fois, Sarajevo nous renvoie à nos propres interrogations.

Nous étions venus observer une société située à près de deux mille kilomètres de chez nous.

Certaines discussions finissaient pourtant systématiquement par revenir vers la France.

Quitter la ville

Un voyage à Sarajevo finit aussi par vous entraîner hors de Sarajevo.

Un jour, nous prenons la route.

À l’écart de l’agitation urbaine, la pierre et la végétation remplacent progressivement les immeubles.

Puis apparaît un édifice presque improbable, installé au pied de la montagne, à proximité immédiate d’une source.

Une zaouïa.

Petite bâtisse blanche au toit de bois incurvé, adossée à une falaise ocre qui la domine entièrement ; un olivier occupe le premier plan.
Une zaouïa bosniaque nichée au pied de la montagne.

À l’intérieur, le contraste avec le tournage est saisissant.

Après les rues, les voitures, les discussions et le bruit permanent de Sarajevo, les salles sont presque silencieuses.

Homme assis à même le sol contre un mur nu baigné de lumière chaude, le front dans la main, un grand livre ouvert sur les genoux.
Ouissem dans l’une des salles de la zaouïa.

Pendant quelques minutes, personne ne parle beaucoup.

Même une équipe de tournage peut parfois comprendre qu’il vaut mieux se taire.

Sarajevo, carrefour de l’Histoire

Puis il y a tous ces endroits devant lesquels on passe avant de réaliser qu’ils appartiennent à l’histoire mondiale.

28 juin 1914. L’attentat de Sarajevo.

Au cœur de Sarajevo, Dhia s’arrête près du lieu associé à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin 1914.

Un homme en veste noire, un pied de caméra à la main, appuyé au parapet d’un quai ; derrière lui, la rivière encaissée et les façades austro-hongroises de Sarajevo.
Dhia à proximité du lieu de l’attentat de Sarajevo de 1914.

Un homme est assassiné.

Les alliances européennes s’enclenchent.

Quatre empires disparaissent : russe, austro-hongrois, allemand, ottoman.

Quelques semaines plus tard commence la Première Guerre mondiale.

À Sarajevo, l’Histoire possède cette étrange propriété : elle surgit au détour d’une rue.

Quelques centaines de mètres plus loin, les tramways circulent, les cafés sont pleins et les habitants poursuivent leur journée.

C’est peut-être précisément cela qui nous fascinait.

La ville ne ressemble pas à un mémorial.

Elle vit au milieu de ses mémoires.

Welcome to the Balkans

Et puis il y a les Balkans eux-mêmes.

Les marchés.

Les objets de l’ancienne Yougoslavie.

Les souvenirs militaires devenus curiosités.

Les plaques, les insignes, les vieux sacs, les cafetières et les objets dont nous ne savons pas toujours s’ils relèvent de l’histoire, de la nostalgie ou simplement du commerce.

Étal de brocante en plein air : panneau couvert de médailles et d’insignes militaires, casquettes d’uniforme, sacoche kaki et vieille plaque d’immatriculation de Sarajevo.
Dans un marché de Sarajevo : fragments d’une histoire devenue objets.

Welcome to the Balkans.

La formule nous faisait sourire.

Parce qu’après plusieurs jours sur place, nous avions précisément compris qu’il était impossible de résumer les Balkans par une formule.

05 — Coulisses

Ce que l’on ne voit pas dans le documentaire

Quand un documentaire est terminé, tout paraît logique.

Une interview appelle la suivante.

Un plan de Sarajevo conduit naturellement à une rencontre.

Une séquence tournée dans la montagne semble avoir été prévue pour préparer celle qui viendra ensuite.

Mais le voyage réel n’a rien de cette fluidité.

Il y a les rendez-vous annulés.

Les interlocuteurs qui ne veulent finalement plus parler.

Les personnes rencontrées par hasard qui deviennent essentielles.

Il y a les heures passées à attendre.

Les kilomètres parcourus avec le matériel.

Les discussions sans caméra qui permettent parfois de comprendre davantage que les interviews officielles.

Il y a ceux qui apparaissent dans le film.

Et tous ceux qui ont rendu le film possible sans jamais apparaître à l’écran.

C’est peut-être ce que racontent le mieux ces photographies.

Non pas seulement la fabrication du Chemin de Sarajevo.

Mais tout ce qui existait autour du film.

06 — Retour

Et au bout du chemin, des visages

Notre carnet se termine là où il avait presque commencé : sur les hauteurs de Sarajevo.

Cette fois, nous sommes ensemble.

Quatre jeunes hommes posent bras sur les épaules, alignés face à l’objectif, sur une colline boisée qui domine la vallée dans une lumière de fin de journée.
L’équipe de Repères & Vocations avec Kenan.

Les caméras ont beaucoup tourné.

Les cartes mémoire sont pleines.

Nous avons interrogé des professeurs, des entrepreneurs, des militants et des étudiants. Nous avons marché dans Sarajevo, grimpé sur ses collines, découvert ses lieux de culte, ses blessures, ses cafés et ses contradictions.

Mais lorsque nous regardons aujourd’hui les images de ce voyage, ce ne sont pas d’abord les monuments dont nous nous souvenons.

Ce sont les personnes.

Kenan.Maida.Osvit.Hikmet.Samir.Adnan.Ahmet Alibašić.Fikret Karčić.Et tous les autres.

Nous étions partis en Bosnie pour essayer de comprendre un pays.

Nous avons finalement découvert quelque chose que les documentaristes apprennent voyage après voyage :

Un pays ne se raconte jamais vraiment à travers ses paysages. Il se raconte à travers ceux qui acceptent de vous ouvrir leur porte.

C’est de ces rencontres qu’est né Le Chemin de Sarajevo.

Voir le documentaire

Le Chemin de Sarajevo

32 min — Bosnie-Herzégovine, 2019. Disponible sur la chaîne Vimeo de Repères & Vocations.

Voir le film

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